Lettre à thème
L’utilisation du conte dans l’accompagnement des troubles du comportement alimentaire
Les fonctions du conte dans
l’accompagnement des troubles du comportement alimentaire :
Restaurer l’identité en activant les valeurs de la princesse, du héros/de l’héroïne et de la fée
La fonction de guérison du conte s’appuie sur la puissance des symboles et des fonctions du conte, sur sa capacité à stimuler l’expression des aspirations profondes et activer les ressources pour changer.
Par le pouvoir de ces trois mots « il était une
fois », le conte transporte dans le monde du « tout
possible ». Sous une forme merveilleuse, le conte – les contes
de Grimm en particulier - traitent des questions essentielles de la vie
par l’universalité de ses situations et de ses images symboliques, il
s’adresse à tous. Initiatique, le conte préserve l’expérience humaine
depuis des siècles et transmet un processus de transformation pour
« grandir ». Il parle de naissance et de mort, de
séparation et d’abandon, de richesse et de pauvreté, d’émotions, de
réussites et d’échecs…
Il permet à la personne – adolescent ou adulte – à travers les
personnages, la princesse, le roi et le héros, de vivre ou revivre des
situations émotionnelles proches des siennes et de transformer ses
émotions et conditionnements en énergies vitales. En réveillant la
curiosité et les rêves, la symbolique du conte permet à la personne de
restaurer le contact avec ses sensations, ses aspirations profondes et
ses ressources fondamentales et de se libérer progressivement de ses
peurs et de conditionnements.
Les troubles du comportement
alimentaire que constitue l’anorexie consistent en une insatisfaction
corporelle : la personne se trouve trop grosse et se prive de
nourriture pour maigrir. Focalisée sur sa relation à l'alimentation, la
personne ne reconnaît ou n’exprime que rarement sa véritable quête ou
plainte. Pourtant l’anorexie bloque son évolution tant physique que
psychologique, émotionnelle et constitue la source de grandes
souffrances pour elle et pour son environnement.
La fonction de l’animateur - par la voie des contes - consiste à créer
les conditions pour que l'attention et les pensées se déplacent vers
d'autres éléments qui structurent son identité : valeurs symboliques de
la princesse/du roi, de l’héroïne/du héros et de la fée :
- les aspirations de la princesse/du roi,
ses souhaits – la fonction royale qui consiste à entrer en amitié avec
soi-même pour écouter ce qui veut vivre en soi et oser l’exprimer -,
passer de la focalisation sur le corps et l’alimentaire à la plainte
véritable du coeur
- la stratégie de l’héroïne – ou du héros
- ou comment s’engager dans la vie et affronter les
obstacles – « le parcours initiatique du
héros » permettra de déplacer les compétences et trésors
d’imagination depuis le contrôle du poids et de l’image vers la
réalisation des rêves
- l’alliance avec la fée – vivre en
grand ses souhaits les plus chers en expérimentant la confiance dans la
vie et en lâchant progressivement le « tout-contrôle »
Réorienter les capacités et compétences du « tout-contrôle » vers le
« laisser-Etre », restaurer la capacité à accueillir les aspects de soi.
Adolescence et puberté constituent des
étapes importantes de la vie qui sont souvent accompagnées de manière
négative – pressions sociales sur l’image de la femme notamment -. En
effet, les stéréotypes sociaux (mode, mannequinat…) participent à
promouvoir la norme d’une femme moderne mince, active, épanouie
sexuellement, écologique, diététique, séduisante, accomplie
professionnellement, mère, épouse…, qui doit contrôler sa vie, son
image, «gérer » ses émotions, ses désirs, son alimentation,
ses choix…
L’adolescent se trouve projeté dans le monde adulte avec pour repère
dominant cette omniprésence de l’image et doit vivre seul une perte de
repères autant corporels que psychologiques : modification du
corps, premières relations sentimentales, découverte de la sexualité,
exigence de réussite scolaire et professionnelle, instabilité
émotionnelle liée aux changements hormonaux…
Pour contrôler ces changements et restaurer l’estime de soi, il va plus
ou moins consciemment mettre en place des stratégies de
contrôle : obsession de l’image et du poids, de la pureté, de
l’hygiène, restrictions alimentaires, perfectionnisme, autant de
comportements qui conduisent plus ou moins vite au trouble alimentaire.
En effet, le régime, l’abstinence, le jeûne – comme toute forme de
tendance perfectionniste ou extrémiste – constituent un moyen de
reprendre le contrôle de sa vie et donc de restaurer – de manière très
illusoire - le sentiment de confiance et de toute-puissance pour soi et
vis-à-vis de son environnement.
Réintroduire par le conte des expériences sensorielles et émotionnelles pour lâcher les résistances à grandir
De peur de ressentir des sensations
désagréables, les personnes se « coupent » des expériences
émotionnelles, corporelles et sensorielles. La focalisation sur le
poids, l’abstinence permet de contrôler les émotions dominantes.
Le travail avec les contes va permettre de réintroduire ces expériences
et transposer progressivement les compétences à tout contrôler vers une
capacité à accueillir émotions, sensations et les vivre sans qu’elles
soient perçues comme dangereuses mais plutôt comme initiatrices dans le
parcours de construction.
Les objectifs et clés de
changement proposées par le travail avec les contes :
- Recontacter l’énergie du rêve pour
retrouver l’élan vital perdu (Les musiciens de la fanfare de Brême)
- Réveiller, contacter la qualité qui veut vivre en soi (La
corneille)
- Repérer dans les comportements compensatoires – activités antidotes
que constituent les troubles du comportement de l’anorexique – la
qualité infinie qui y trouve son expression et l’implanter peu à peu
dans les actes de la vie quotidienne
- Reconnaître les ressources à sa disposition à travers les
compétences à « gérer et maintenir son trouble ».
- Savoir reconnaître le merveilleux de ses « faibles moyens
(Le chat botté)
- Se libérer des entraves du passé et autres conditionnements tels les
croyances et histoires à propos de soi, l’idéal de soi. (Peau d’âne)
- Oser affirmer son identité et assumer les formes extravagantes que
pourront prendre nos inspirations (L’homme à la peau d’ours)
- Apprendre à inviter ses peurs et affirmer son identité profonde pour
les transformer.
- Développer la confiance dans la part infinie de soi-même pour
résoudre les problèmes : pratique de la confiance et de
l’ouverture dans les situations adverses ou face aux pressions de
l’environnement (L’étudiant et le bûcheron)
- Entrer en amitié avec soi-même en accueillant ses émotions, ses
sensations corporelles.
- Développer une ouverture et une disponibilité aux rencontres et aux
expériences de la vie : pratique de l’affirmation créatrice et
du retournement des obstacles (Le petit tailleur)
- Récupérer l’énergie usurpée par les émotions négatives, croyances et
conditionnements (Le vieux Cric-Crac)
Approche inspirée de "La Voie des contes" de Jean-Pascal Debailleul - Edouard Brasey





